la responsabilité ou la conscience de nos actes

Pierre Alais

Cet article de Pierre Alais est extrait de la revue « Regard » de l’IFYM (numéro de Mars 2022)

Pierre Alais
Enseignant de yoga et méditation IFY, ancien élève de l’Ashram Shivananda et de T.K.V. Desikachar.
Il a écrit plusieurs ouvrages sur le yoga : La rencontre des Yogis, Le souffle de Dieu – Respiration et yoga (éd. Accarias), et Le Yoga inconnu (éd. Complicités)


L’être humain a cette capacité d’intelligence (buddhi) et de conscience (chit), qui lui permet de prendre ses distances avec son ego et ses comportements personnels et sociaux. Ce qui apparaît dans la société védique c’est la reconnaissance d’un Ordre naturel cosmique (rita), auquel l’homme va pouvoir se conformer plus ou moins, ce que l’on nomme le dharma. L’Inde est appelée le pays de la Loi éternelle « sanatana dharma ».

Plus tard et dans cette optique, les philosophes jaïns ont énoncé cinq règles de conduite (yama) reprises par Patanjali dans le Yoga-sutra, lesquelles permettent à l’homme d’exercer sa responsabilité vis-à-vis de cet Ordre universel. Comprenant que toute existence mérite le respect car faisant partie de cet Ordre naturel cosmique, il s’agit alors pour lui de créer le moins de désordre possible – nuire le moins possible (ahimsâ) envers tout ce qui l’entoure. Cette responsabilité est un idéal qui pourra être adapté suivant que l’on est un renonçant ou engagé dans la société. Mais en notre âme et conscience cette responsabilité est immense car nous pouvons soit participer à cet Ordre de l’Univers, soit nous en éloigner en créant alors le Désordre. Soit nous nous efforçons de nuire le moins possible en pensées, paroles et en actes (ahimsâ), soit nous nous détournons de cette éthique et générons des souffrances sans fin, selon les lois de l’action et des conséquences de l’action (karma). L’état actuel de nous-mêmes, de la société, de la planète, résulte de nos actions. Nous sommes responsables de ce que nous faisons et vivons, car chaque action a un effet soit positif soit négatif. Comme l’on sème, on récolte !

C’est la Conscience de nos actions qui fait de nous des êtres responsables à un degré plus ou moins réel. Patanjali parlera de grands vœux (mahâvratam), les cinq yamas :

  • ne pas nuire (ahimsa),
  • ne pas mentir (satya),
  • ne pas voler (asteya),
  • ne pas abuser (brahmacarya), et
  • ne pas amasser (aparigraha).

Pour un hindou, le Rita ou Ordre est synonyme de Réalité (sat), de Vérité, identique à la Création du Créateur, il est donc important de s’y conformer, ne pas se mentir (satya) ni à soi ni aux autres, en s’identifiant à des apparences existentielles tout autres que « Cela qui Est », donc mensongères. Il s’agit donc d’une responsabilité naturelle, sociale, philosophique, spirituelle qui continue dans le fait de ne pas voler, ne pas abuser et ne pas amasser.

Dans le Bhagavata Purana (VII,14), Nârada explique au roi Yudhishthira que « les créatures n’ont le droit de posséder que dans la mesure où cela leur est nécessaire pour se remplir l’estomac ; celui qui prétend avoir droit à plus est un voleur et mérite d’être châtié. »

Dans la même éthique absolue, Gandhi disait « Qu’un objet, même s’il n’a pas été acquis par le vol, doit néanmoins être considéré comme dérobé, si on le possède sans en avoir besoin».
Vendre à un prix excessif est aussi considéré comme un vol. Le sens de la responsabilité dans l’éthique Jaïn et Yogique n’est certainement pas le même dans nos sociétés contemporaines matérialistes à outrance !

Quant à (Brahmaçarya) c’est l’Ordre en tant qu’ordre divin, car il s’agit de se tourner vers le Brahman plutôt que vers les satisfactions sensorielles. On le traduit souvent par modération sensorielle et sexuelle. Le codificateur jaïn Mahavira proclame :

« L’âme est le Brahman. Brahmacarya n’est donc rien d’autre que la conduite spirituelle de l’ascète concernant l’âme, qui a rompu sa relation avec un corps étranger. »

jaïn Mahavira


Terminant cette éthique sociale redoutable aux yeux de l’homme du monde, (aparigraha) : littéralement ne pas prendre, ne pas posséder, ne pas amasser ! Là aussi le dépouillement sera plus strict pour les moines que pour les laïcs, mais la responsabilité humaine n’a jamais été poussée aussi loin et clairement que dans cette éthique des temps anciens.

Sans doute l’homme moderne aurait dû s’en inspirer plus souvent car l’état de la planète témoigne de l’irresponsabilité des comportements humains. Il suffit de voir comment nous agissons face à l’environnement naturel, ce que nous faisons subir à la végétation, aux animaux et à nos semblables, pour réaliser que l’Ordre naturel et sacré de l’univers est constamment oublié, au profit d’un désordre diamétralement opposé à l’éthique proposée. L’irresponsabilité créant alors les nuisances, le mensonge, le vol. les abus et la possession à outrance.

Quant à la responsabilité vis-à-vis de nous-mêmes, elle est affirmée dans les 5 (niyama) des Yoga-sûtra, ou éthique personnelle :

  • Propreté physique et mentale : sauça,
  • contentement : samtosha,
  • effort : tapas,
  • connaissance du Soi : svâdhyâya, et
  • théisme : ishvarapranidhâna.

Elle se poursuit dans la reconnaissance de l’ordre naturel du corps qui ventile, avec son rythme à 4 temps :

« Hommage à toi quand tu viens (inspiration),
hommage à toi quand tu es debout (poumons pleins),
hommage à toi quand tu t’en vas (expiration),
hommage à toi enfin quand tu t’assied (poumons vides).
Cet hommage est pour le tout de toi »

Cette attention intérorisée (pratyāhāra), signe alors la concentration-méditation-plénitude (samyama), finalité du yogi, responsable de son retour à l’Ordre naturel de l’Univers ou Brahman, et à lui-même ou Âtman.

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Lebec

Un grand merci pour le partage

Alais Pierre

Merci pour le partage …Parmi les livres écrits publiés, un important à mes yeux est :
YOGA-SÛTRA Traduction et Commentaires Ed. Publibook

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