Asana, la pratique qui nous met au monde

Peter Hersnack Mars 2011

Asana, la pratique qui nous met au monde Yoga Sutra II-46-47-48

Par asana, le troisième des 8 anga (membre) dans la pratique de yoga, Patanjali propose à chacun de nous d’explorer et d’affiner subtilement sa relation avec le corps et le souffle.

A limage des autres anga, asana se révèle un merveilleux moyen pour ouvrir des espaces de liberté dans le tissage de notre être au monde, si souvent source de confusions et de souffrances. Ce tissage, s’il peut être support pour la Vie en nous, devient un véritable cercle vicieux quand il se construit à partir d’un manque d’espace intérieur qui aveugle et interdit un regard neuf sur nous même et le monde, quand il a pour base un manque de liberté dans nos relations.

La pratique de la posture, est étroitement liée aux autres membres du yoga, lesquels non seulement s’ouvrent l’un vers l’autre mais aussi se soutiennet mutuellement comme les membres d’un seul corps. C’est le cas entre asana et les 2 premiers anga, yama et niyama.

Le premier, yama (relation à l’autre), invite à ouvrir l’espace dans nos relations à l’autre, espace pour nous regarder à travers l’autre et pour aller vers lui avec ce que nous sommes, là où il se trouve.
Le second, niyama (relation à soi), invite à un regard moins encombré sur nous même, met en dialogue libérateur extériorité et intériorité et nous apprend le chemin de nos désirs profonds vers une existence réelle et autonome.

Comme au cours de la pratique d’asana, en yama et niyama, la relation avec le corps joue un rôle primordial et la liberté ou son absence s’exprime dans le mouvement du souffle. Sentir et être à l’écoute de l’autre et de soi au même instant, demande un espace de liberté entre corps et souffle ; si cet espace sensible est encombré par le tissage de notre mémoire, de nos habitudes, de nos certitudes, par des crispations liées à la peur, par des vécus non digérés, le regard coloré, limité, coupe de « ce qui est ».

II-46 : sthira – sukham – asanam

« La posture est ferme et aisée »

ferme aisée posture

Asana est une pratique qui met notre corps au monde comme lieu de sensibilité, une pratique d’incarnation qui requiert fermeté et aisance.
La fermeté dans la posture ne vient pas d’une tenue ferme dans la posture mais d’un corps bien inscrit dans l’espace avec une stabilité nourrie d’une relation intime avec la terre. C’est une stabilité dans notre être au monde.

La posture est aisée lorsque s’ouvre un espace pour la relation dans le bon endroit, un espace pour la libre interaction entre ce qui est stable et ce qui circule, un espace analogue au moyeu d’une roue, qui lui permet de tourner sans encombre. Alors chaque partie du corps devient « porteur/porté », tout le corps s’ouvre au souffle et à la perception.

Un souffle conscient, qui met enrelation libre supports et directions et qui se laisse porter par cette relation, est la clé qui donne accès à la posture. Asana est un enseignement du corps, le corps nous enseigne sur la vie en nous et ce qui nous anime informe le corps et le rend intelligent et sensible. La posture nous révèle à nous même et au monde.

II-47 : prayatna – saitilya – ananta – samapattibhyam

« Par un investissement détendu et une coïncidence avec le « sans fin ».

investissement détendu sans fin coïncidence (par)

Dans chaque asana, l’enjeu se situe dans la communication entre support et direction et entre intérieur et extérieur. Chaque support à l’extérieur du corps ou une partie du corps qui agit sur une autre, ouvre des directions possibles à explorer et chaque direction investie, informe nos supports et les rend intelligents. Par un investissement sensible et progressif, avec une interaction libre entre ce qui fait support et ce qui donne direction, la posture devient stable et entière. Elle s’inscrit dans l’espace en étant portée de l’intérieur.
Par une méditation sur Prana, évoquée par « sans fin », la posture nous ouvre vers l’intérieur, vers la source de toutes relations vivantes. Les 2 associés, font de la posture un lieu de vie et un lieu d’expression pour le plus profond en nous.

II-46 : tatah – dvandva – anabhighatah

« Alors, il y a absence de perturbation dues aux paires d’opposés »

alors- paire opposés- non-perturbation

Le mot dvandva, traduit par « paire d’opposés », est construit par une répétition du mot « dvi », traduit par deux. Il s’agit d’un autre « deux », né de la négation du premier, la distinction fondamentale entre le souffle qui reflète la Vie en nous et le corps qui nous inscrit au monde. Dvandva, ce deuxième « deux » décrit l’état d’oppostion créé en nous par notre incapacité à vivre librement le premier « deux » déjà en nous. Dans la mesure où ne pouvons vivre et laisser vivre la différence entre souffle et corps, entre ce qui anime et ce qui est animé, nous sommes constamment piégés dans une immobilité qui réduit notre capacité d’adaptation. Dans notre état de corps, nous sommes en porte-à-faux avec ce qui nous motive profondément de l’intérieur et avec le monde dans lequel nous sommes inscrits. Comme si la Vie nous disait : « tu ne veux pas vivre les deux, voici deux qui s’opposent en toi ». .

Asana nous apprend à être au monde comme un lieu de non-opposition, ouvert à ce qui est profond en nous, ouvert au monde. Le corps devient une habitation pour la vie en nous, avec la Vie comme hôte.

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